05
Avril 2004
KANDIA KOUYATE, CANTATRICE
La légende d'une fée de Kita
Adulée
partout où elle passe, reine dans son pays, fée à
Kita (sa ville natale), Kandia
Kouyaté est aujourd'hui une charismatique cantatrice qui
cultive à souhait la discrétion, l'humilité et
la générosité. Que l'on aime ou pas, elle ne laisse
personne indifférent. Le Mag tente aujourd'hui de lever un coin
du voile sur la légende d'une Fée de Kita Kuru.
Djéli Kandia Kouyaté est née à
Kita à la veille des indépendances africaines. Kita, la
capitale de l'arachide, est située à 250 Kilomètres
de Bamako, en plein cœur du Mandé. Dans la localité
comme partout au Mandé, les Djélis sont des gardiens de
la tradition, des historiens, des éducateurs, des journalistes,
des médiateurs, des communicateurs …
Bien avant la naissance de Kandia, un devin avait prédit à
son père Bourama Kouyaté, un virtuose du balafon
de sa contrée, qu’un de ses enfants connaîtrait un
succès retentissent à travers le monde. Bien que notre
Djéli Kandia avait tous les signes prédits, son père
avait d’autres projets pour elle. C’est ainsi que la jeune
Kandia, malgré son talent exceptionnel de cantatrice (djélimuso)
est envoyée à l’école française. Parallèlement
à ses études suivies à la mission catholique, l'enfant
de Biriko n’hésitait pas à faire valoir son talent
d’artiste chaque fois que son père jouait le balafon. Un
instrument mythique hérité de Soumangourou Kanté,
roi du Sosso.
Au bout de huit années de scolarité, Djéli Kandia
prend la résolution d’abandonner l’école pour
faire face aux charges familiales. Malade, son père ne pouvait
plus faire face à cette obligation sociale. Elle quitte son Kita
natale pour s’installer dans la capitale où le Rail
Band du Buffet Hôtel de la gare, les Ambassadeurs
du Motel, le Badema National
dictaient leurs lois et où l’influence de la musique guinéenne
était de plus en plus pressente. Notre Djéli intègre
l’un des groupes « Apollo » (transposition
de la musique folklorique sur les instruments modernes). Ce groupe dirigé
par son oncle Mady Sylla Kouyaté, connaîtra un franc
succès à Bamako tant il était convoité pour
les cérémonies de baptême, mariage et fêtes
associatives.
Le bonheur ne vient jamais seul, à l’âge de dix huit
ans, Kandia convole en juste noce avec un griot venant de Kayes. Ce
mariage met un bémol à la carrière de l’artiste
au sein de ce groupe « Apollo » puisqu’elle est contrainte
de s’installer dans la capitale du rail. Là, sous la férule
de sa belle-mère, elle acquiert les secrets du Djéliya
et apprend de nombreuses chansons.
Kandia enregistre son premier album à Abidjan à la fin
des années 70. Et c’est bien quelques années plus
tard que la radio nationale commence la diffusion de cet album produit
sans véritables retombées financières pour l’artiste
qui ignorait tout du show biz. «C’est par un heureux
hasard que j’ai entendu sur les ondes de la radio une de mes chansons.
A l’époque, tout ce qui comptait pour nous c'était
de se voir sur une pochette de cassette ou de s’entendre à
la radio». Malheureusement, sur la pochette de ce premier
album, la photo de Kandia ne paraîtra pas si bien que les mélomanes
se sont demandés « Qui est bien cette Kandia Kouyaté
?». Elle répondra tout de même aux différentes
sollicitations de ses compatriotes tant au Mali qu’à l’étranger.
En 1983, Kandia enregistre son second album à Abidjan, un album
magistralement arrangé par Boncana
Maïga et entièrement financé par un
mécène de la musique malienne, Amary Daou (Paix
à son âme). Le succès est foudroyant ! Dans la sous-région
ouest africaine, les ventes dépassent toutes les prévisions.
En 1987, elle enregistre son troisième jet, "Projet Dabia",
dans les studios de l’ORTM (Radio Mali), un album en hommage à
la légendaire générosité au richissime Babani
Sissoko. Entre 1988 et 1994, la Fée de Kita Kuru et son ensemble
entreprend une tournée à travers le monde. Au retour de
celle-ci, Djéli Kandia enregistre son quatrième album,
« Sa Kunu Sa », une auto production.
Malgré sa notoriété légendaire au Mali et
à l’étranger, Kandia Kouyaté demeure une
énigme. Depuis son premier album, elle a catégoriquement
refusé toutes les offres de production et se porte à l’avant
garde de la lutte contre la piraterie. « Pourquoi s’engager
dans un contrat de production quand on a des riches protecteurs qui
vous offrent des maisons, des voitures, des voyages à la Mecque…
»
En 1996, elle participe à l’album du Guinéen Sékouba
Bambino Diabaté par loyauté pour ce dernier. Sa voix
incorruptible, sa maîtrise du répertoire manding et surtout
ses belles envolées vocales ont séduit Ibrahima Sylla,
le patron du label Syllart production et Africando. Un
prometteur partenariat engendre « Woulalé »,
« Kita kan » et « Biriko ».
Ces albums ont provoqué le déclic dans la carrière
internationale de Djéli Kandia car désormais elle est
sollicitée un peu partout. Les critiques lui font la part belle.
Fort de cette reconnaissance internationale, elle participe à
des prestigieux festivals tant en Europe qu’en Amérique.
Et c'est avec un enthousiasme contagieux que Kandia s'est jointe à
ses frères et sœurs sur l'album Mandekalou qui vient juste
de sortir (25 mars 2004). Un projet commun des célébrités
de la musique mandingue qui ont accepté de se mettre ensemble
pour faire un album panoramique sous la houlette de Syllart Production.
« C’est en effet, un projet qui me tient à cœur
depuis plus d’une décennie, c’est maintenant que
j’ai eu l’opportunité de le réaliser avec
les ténors de la musique mandingue. Cela s’explique par
le simple fait que chacun d’entre eux a son propre programme de
tournée. Il était par conséquent difficile de trouver
une date pour les répétitions et le studio. Maintenant,
il faut aussi assurer la promotion de cet album », explique
M. Ibrahima Sylla.
En tout cas, c'est une corde de plus à l'arc de la Fée
de Kita Kuru., aujourd'hui devenue une charismatique cantatrice et une
grande star de la musique malienne voire africaine. En témoignent
les nombreuses distinctions reçues lors de sa carrière.
En effet, très engagée pour la défense des droits
de la Femme et de l'Enfant, Kandia est Chevalier de l'Ordre national
du Mali. Sans compter les nombreuses autres distinctions qu'elle a reçu
au Mali et à l'extérieur. Modeste, humble et généreuse,
Kandia se bat aujourd'hui pour la scolarisation des filles au Mali et
en Afrique dont elle est l'une des meilleures ambassadrices.
Et d'ailleurs sa chanson "Kalan" (éducation ou enseignement)
est devenu depuis lors l'hymne de ce combat. "Je n'ai pas eu
la chance d'aller loin dans les études, mais j'ai néanmoins
été scolarisée par mon père qui était
conscient des avantages de cette initiative. Je regrette aujourd'hui
de n'être pas allée loin dans les études et je me
battrais pour que toutes les filles aient la chance d'aller un jour
à l'école pour contribuer à l'épanouissement
de sa famille, de sa communauté et de son pays", nous
disait-elle lors de l'une de nos rencontres. Un noble engagement pour
une star qui est très adulée ailleurs et reine chez elle.
La Rédaction
Rokia
primée en Grande Bretagne
"Bomboï" ou "Bowmboï" ! C'est selon que
l'on soit au Mali ou en Europe. Toujours est-il qu'il s'agit du 3è
album de Rokia Traoré,
la star de Bélédougou. Un opus qui lui vaut déjà
bien des honneurs. En effet, cette œuvre fantastique vient d'être
primée en Grande Bretagne. Le 9 mars dernier, Bowmboï a
été désigné album de l'année aux
BBC World music Awards. L'une des plus grandes et prestigieuses récompenses
musicales du monde.
Une distinction qui ne surprend pas pourtant, parce que le succès
rencontré par Bowmboï dès sa sortie, le présageait
déjà. En effet, l'opus a été vendu à
70 000 exemplaires en France et à 40 000 dans le reste de l'Europe.
Et cela en trois mois seulement. Le CD tant convoité de la Rose
du Bélédougou, actuellement en tournée en France,
est impatiemment attendu aux Etats-Unis, au Japon, en Afrique du Sud…
Sans compter que Bowmboï a valu à la "star au crâne
rasé" les faveurs des critiques, donc la "Une"
de la presse spécialisée en Occident. Et comme l'écrivait
"Le Monde2 " dans sa livraison de mars, "la chanteuse
a conquis les critiques et séduit des publics divers, Blancs
et Noirs, amateurs de folk et de musique du monde". C'est dire
que Bowmboï a enfin réussi à placer Rokia Traoré
sur le tremplin de la réalisation de ce qui a toujours été
son ambition : une star reconnue et respectée! En tout cas, les
métros parisiens annoncent déjà la couleur à
travers les affiches en grandeur nature, la prochaine sortie de la Dame
du Bélédougou à L'Olympia de Paris. Un concert
complet qui aura lieu le 7 mars 2005.
En
studio
Djénèba
Seck après s'être rendue à Bamako au
chevet de sa mère malade, est repartit à Paris pour boucler
l'enregistrement de son prochain album. Cet album, produit par Syllart
Production promet.
Amadou
et Mariam
Amadou et Mariam,
tiè ni mousso se sont envolés aussi pour la France afin
de terminer le projet de création qu'ils ont en commun avec le
monstre sacré de la musique espagnole Manu Chao.
Habib
Koité
Habib Koité
et le groupe Bamada sont revenu à Bamako, le dimanche dernier
en provenance Lyon où ils ont animé le dernier concert
de leur tournée qui a duré trois mois. Nous y reviendrons
dans la prochaine édition.
Oumou
Sangaré
Oumou Sangaré
aussi est revenue au bercail le 28 mars dernier. La Diva du Wassoulou
était restée à Paris pour se reposer après
son périple européen et australien.