LUTTE
CONTRE LA PIRATERIE
Les
artistes à l’assaut des pirates
Cela
fait plus d’un mois (16 mars - 16 avril 2005) que Mali K7 et Seydoni/Mali
sont fermées à cause de la piraterie. Ne pouvant plus supporter
cette situation, les artistes maliens sont aujourd’hui déterminés
à empêcher les pirates de les ruiner et de contraindre le
gouvernement à assumer ses responsabilités.
Ainsi,
les artistes se sont retrouvés vendredi dernier au CCF pour discuter
de l’attitude à adopter face à la fermeture de Mali
K7 et de Seydoni/Mali victimes de la piraterie. Ils étaient une
trentaine à faire le déplacement dont Oumou Sangaré,
Nènè Sourakassi, Cheick Oumar Diabaté, Afel Bocoum,
Bassékou Kouyaté, les Tata Pound, Nampé Sadio, Mariétou
Diabaté…
Ensemble, ils sont décidés à empêcher les pirates
de «travailler» en toute impunité. Ainsi, dans un premier
temps, ils vont s’attaquer aux vendeurs ambulants. Des Raffles sont
donc prévues au niveau des stations d’essence, des bar-restaurants,
des hôtels… pour les empêcher d’écouler
leurs marchandises frauduleuses. «Nous n’en voulons pas à
ces enfants. Notre ambition est de les empêcher seulement à
aider les pirates à tuer la musique et la culture maliennes»,
souligne Oumar Diallo «Barou» (ex-Farafina Lolo), l’un
des porte-parole des artistes.
«Nous allons tout simplement leur demander de nous rendre poliment
les cartons. S’ils ne coopèrent pas, nous nous verrons dans
l’obligation de leur arracher leurs marchandises», précise
King Lassy Massassy, l’autre porte-parole des artistes.
Les cassettes saisies seront comptées et déposées
au niveau du ministère de la Culture. «Nous voulons prendre
les autorités à témoin de notre ras-le-bol. Nous
voulons qu’elles sortent de leur indifférence pour combattre
réellement ce fléau comme elles luttent contre le trafic
de drogue, la contrebande de cigarettes et de tissus…»,
souligne Barou. «Le ministre de la Culture est un artiste comme
nous. Il souffre donc de la piraterie autant que nous. Nous ne nous doutons
pas de son engagement dans ce combat. Mais, nous pensons qu’il a
besoin de l’appui des artistes pour que le gouvernement lui donne
les moyens de sa politique», ajoute-il.
«Nous allons rester mobiliser jusqu’à ce que le
marché soit assaini et débarrassé des pirates. Nous
allons maintenir cet élan pour ne plus baisser les bras comme c’est
le cas chaque fois que les autorités nous promettent d’agir.
Nous sommes fatigués de ces promesses non tenues. Nous voulons
des actes concrets. Et nous sommes prêts, les jeunes artistes que
nous sommes, à tout pour pousser le gouvernement à agir»,
assure King. «Nous comptons sur nos aînés comme
Salif Kéita, Ali Farka Touré… pour prendre la direction
de ce combat. La présence d’Oumou Sangaré à
la rencontre de vendredi dernier nous a beaucoup réconforté.
Les propos qu’elle a tenus ne laissent aucun doute sur son engagement.
Si toutes nos stars suivaient Oumou et Idrissa Soumaoro à nos côtés,
je suis sûr que nous pouvons pousser les autorités à
agir contre le fléau», précise-t-il.
Les
artistes ne décolèrent pas toujours contre le Bureau malien
des droits d’auteur (BUMDA). «Au lieu de trouver une solution
favorisant la réouverture de Mali K7 et de Seydoni, le BUMDA s’illustre
à délivrer des autorisations à de faux producteurs
pour qu’ils aillent fabriquer des cassettes ailleurs. Cela est inadmissible.
Même si nous n’avons pas pu encore réunir toutes les
preuves contre eux, tout laisse croire que beaucoup de ces gens sont des
pirates déguisés en producteurs», s’offusque
Barou.
Pour King, «autoriser ces gens à fabriquer des cassettes
à l’extérieur, c’est les encourager à
importer des cassettes piratées au Mali. Comment des gens qui ne
peuvent pas commander souvent plus de 1.000 cassettes sur place peuvent
se permettre de commander des cassettes par contenaires ? Le vol est là
!».
Sans compter que «Seydoni et Mali K7 ne font pas que la duplication
des cassettes, elles assurent aussi la distribution et la production des
artistes. Combien de jeunes artistes ont aujourd’hui les moyens
d’aller se faire enregistrer à l’extérieur ?
Très peu. Mais, grâce à Mali K7 et Seydoni beaucoup
de jeunes comme nous, ont eu l’opportunité de mettre leur
talent en évident. Cela est un aspect essentiel que le Bumda ne
doit plus négliger. Nous veillerons à cela»,
assurent-ils.
Leur
détermination et leur engagement sont réels. Les artistes
sont prêts à en découdre avec ceux qui les spolient
des fruits de leur travail. A moins que les autorités ne concrétisent
rapidement leurs promesses par des initiatives vigoureuses afin de démanteler
le réseau de la piraterie au Mali.
Moussa
Bolly
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