Tribune / Presse
Article paru dans
N° 480 - 19/04/2005

LUTTE CONTRE LA PIRATERIE

Les artistes à l’assaut des pirates

Cela fait plus d’un mois (16 mars - 16 avril 2005) que Mali K7 et Seydoni/Mali sont fermées à cause de la piraterie. Ne pouvant plus supporter cette situation, les artistes maliens sont aujourd’hui déterminés à empêcher les pirates de les ruiner et de contraindre le gouvernement à assumer ses responsabilités.

Ainsi, les artistes se sont retrouvés vendredi dernier au CCF pour discuter de l’attitude à adopter face à la fermeture de Mali K7 et de Seydoni/Mali victimes de la piraterie. Ils étaient une trentaine à faire le déplacement dont Oumou Sangaré, Nènè Sourakassi, Cheick Oumar Diabaté, Afel Bocoum, Bassékou Kouyaté, les Tata Pound, Nampé Sadio, Mariétou Diabaté…
Ensemble, ils sont décidés à empêcher les pirates de «travailler» en toute impunité. Ainsi, dans un premier temps, ils vont s’attaquer aux vendeurs ambulants. Des Raffles sont donc prévues au niveau des stations d’essence, des bar-restaurants, des hôtels… pour les empêcher d’écouler leurs marchandises frauduleuses. «Nous n’en voulons pas à ces enfants. Notre ambition est de les empêcher seulement à aider les pirates à tuer la musique et la culture maliennes», souligne Oumar Diallo «Barou» (ex-Farafina Lolo), l’un des porte-parole des artistes.

«Nous allons tout simplement leur demander de nous rendre poliment les cartons. S’ils ne coopèrent pas, nous nous verrons dans l’obligation de leur arracher leurs marchandises», précise King Lassy Massassy, l’autre porte-parole des artistes.
Les cassettes saisies seront comptées et déposées au niveau du ministère de la Culture. «Nous voulons prendre les autorités à témoin de notre ras-le-bol. Nous voulons qu’elles sortent de leur indifférence pour combattre réellement ce fléau comme elles luttent contre le trafic de drogue, la contrebande de cigarettes et de tissus…», souligne Barou. «Le ministre de la Culture est un artiste comme nous. Il souffre donc de la piraterie autant que nous. Nous ne nous doutons pas de son engagement dans ce combat. Mais, nous pensons qu’il a besoin de l’appui des artistes pour que le gouvernement lui donne les moyens de sa politique», ajoute-il.

«Nous allons rester mobiliser jusqu’à ce que le marché soit assaini et débarrassé des pirates. Nous allons maintenir cet élan pour ne plus baisser les bras comme c’est le cas chaque fois que les autorités nous promettent d’agir. Nous sommes fatigués de ces promesses non tenues. Nous voulons des actes concrets. Et nous sommes prêts, les jeunes artistes que nous sommes, à tout pour pousser le gouvernement à agir», assure King. «Nous comptons sur nos aînés comme Salif Kéita, Ali Farka Touré… pour prendre la direction de ce combat. La présence d’Oumou Sangaré à la rencontre de vendredi dernier nous a beaucoup réconforté. Les propos qu’elle a tenus ne laissent aucun doute sur son engagement. Si toutes nos stars suivaient Oumou et Idrissa Soumaoro à nos côtés, je suis sûr que nous pouvons pousser les autorités à agir contre le fléau», précise-t-il.

Les artistes ne décolèrent pas toujours contre le Bureau malien des droits d’auteur (BUMDA). «Au lieu de trouver une solution favorisant la réouverture de Mali K7 et de Seydoni, le BUMDA s’illustre à délivrer des autorisations à de faux producteurs pour qu’ils aillent fabriquer des cassettes ailleurs. Cela est inadmissible. Même si nous n’avons pas pu encore réunir toutes les preuves contre eux, tout laisse croire que beaucoup de ces gens sont des pirates déguisés en producteurs», s’offusque Barou.
Pour King, «autoriser ces gens à fabriquer des cassettes à l’extérieur, c’est les encourager à importer des cassettes piratées au Mali. Comment des gens qui ne peuvent pas commander souvent plus de 1.000 cassettes sur place peuvent se permettre de commander des cassettes par contenaires ? Le vol est là !».
Sans compter que «Seydoni et Mali K7 ne font pas que la duplication des cassettes, elles assurent aussi la distribution et la production des artistes. Combien de jeunes artistes ont aujourd’hui les moyens d’aller se faire enregistrer à l’extérieur ? Très peu. Mais, grâce à Mali K7 et Seydoni beaucoup de jeunes comme nous, ont eu l’opportunité de mettre leur talent en évident. Cela est un aspect essentiel que le Bumda ne doit plus négliger. Nous veillerons à cela», assurent-ils.

Leur détermination et leur engagement sont réels. Les artistes sont prêts à en découdre avec ceux qui les spolient des fruits de leur travail. A moins que les autorités ne concrétisent rapidement leurs promesses par des initiatives vigoureuses afin de démanteler le réseau de la piraterie au Mali.

Moussa Bolly